Prix FEMS | Sculpture | 2026Moelleux (taille sur pierre, représentation figurative)
Michel Gillabert
À travers une réinterprétation personnelle des deux motifs du gisant et du transi, empruntés à l’art funéraire, Michel Gillabert propose de réaliser une œuvre qui fixerait dans la pierre l’état transitoire d’un corps en voie de disparition. On imagine ce gisant sur un lit de mousse, le corps s’enfonçant dans un sol de marbre attendri par la dextérité du sculpteur. Et puis, pour dire que la mort n’est pas une fin mais une transition, on entrevoit l’éclosion d’un monde végétal entre les plis du drapé et de la chair. Dans son projet, la violence de la décomposition d’un corps devient émerveillement face à l’émergence renouvelée du vivant. Ci-gît la mort, pourvoyeuse de vie.
Inspiré par la Sainte Cécile de Stefano Maderno, ce n’est pas seulement la suppliciée du Trastevere que le sculpteur convoque sur son lit de pierre, mais des siècles d’histoire de l’art: les gisants des églises, le marbre de Carrare, celui de Michel-Ange, la virtuosité du sculpteur, les drapés, la chair de Proserpine, Galatée, enfin, l’incarnation de la pierre, l’illusion de la vie. Le gisant de Michel Gillabert se fait ainsi ode à l’art de la sculpture en promettant d’offrir aux regards le spectacle d’une matière métamorphosée – le marbre devenu moelleux.
Michel Gillabert est un tailleur et sculpteur sur pierre suisse, né en 1981 à Genève. Après l’obtention d’une maturité artistique et deux années d’études en philosophie et en cinéma à l’Université de Lausanne, il commence à travailler la pierre à l’âge de 23 ans, et obtient son CFC de tailleur de pierre en 2006.
Au fil des ans, Michel Gillabert réalise de nombreux projets de taille de pierre et de sculpture, allant de petits objets décoratifs à des oeuvres monumentales destinées à des bâtiments publics et privés. Il est notamment spécialisé dans les travaux liés aux façades classées.
Membre de l’ASPIG (Association des sculpteurs indépendants de Genève), il participe activement à la préservation du patrimoine architectural du Canton de Genève.
Depuis une dizaine d’années, il se consacre également à des projets de sculpture plus contemporains. Il a notamment exposé en Italie, au Parco Fonte di Vandro, à Genève dans le cadre de l’exposition Open End ou encore plus récemment au Musée du Château de la Sarraz. Il collabore par ailleurs à la création d’oeuvres de l’artiste contemporain Eric Van Hove, au Maroc.
Michel Gillabert est également musicien électronique. Il travaille principalement avec des synthétiseurs modulaires, associés à la pratique du field recording. Il est membre de l’ADSR_GVA, collectif de musiciens électroniques sur synthétiseurs modulaires.
La pièce
L’idée principale est de réaliser un gisant masculin inspiré de la posture du Martyre de Sainte Cécile à Rome. La figure adopte une position de repos ambiguë, située entre le sommeil et la mort. Le corps semble simplement déposé, abandonné à son environnement immédiat, avec lequel il commence à se confondre.
Le corps est partiellement recouvert d’un drapé qui se mêle à une masse végétale, moelleuse et mousseuse. Ce substrat organique paraît peu à peu absorber la figure qui y repose. De petites formes de vie, comme des insectes, apparaissent très discrètement dans cet environnement, suggérant une activité silencieuse et continue. Le visage n’est pas visible: tourné vers l’intérieur de la masse, il échappe au regard et renforce l’impression d’intimité et de retrait.
L’espace autour du corps ne fonctionne pas comme un simple socle, mais comme un prolongement naturel de la figure. Drapés, volumes végétaux et formes organiques s’entrelacent, au point que les limites entre le corps, le tissu et le paysage deviennent floues. Le corps semble s’enfoncer doucement dans ce milieu. Les textures de cette zone sont travaillées avec précision, dans un registre fin et détaillé, parfois proche de motifs de dentelle.
L’impression recherchée est celle d’un corps laissé à lui-même dans un environnement doux et confortable. La scène évoque un état de repos prolongé, où le sommeil et la mort se confondent.
Le corps apparaît comme immergé dans un milieu naturel composé de mousse, de branchages et de végétaux. Il semble à la fois émerger de cette matière et s’y enfoncer, comme s’il en faisait déjà partie.
Les formes qui composent cet environnement sont souples, épaisses et accueillantes, donnant l’impression d’un sol vivant et protecteur.
Les drapés recouvrent partiellement le corps et se prolongent dans la masse végétale, jusqu’à devenir indiscernables. L’ensemble évoque un lit primordial, dense et enveloppant, dans lequel le corps repose sans résistance.



